BÂTIR ENSEMBLE DES COLLECTIVITÉS DURABLES RURALES ET URBAINES :
VERS UN DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL DURABLE
Bâtir ensemble une collectivité durable c’est un défi, stimulant et innovant, pour les acteurs qui prennent en compte, de façon intégrée et non sectorielle, les dimensions sociale, environnementale et économique, avec des objectifs d’équité générationnelle et de coopération solidaire avec les autres territoires ruraux et urbains, d’ici et d’ailleurs. C’est non seulement un défi, mais un véritable programme d’actions pour un développement territorial durable au XXIe siècle! Mais que faut-il entendre par collectivité durable? Peut-elle être la «brique de base d’une société durable»(I) ? Le développement durable (DD) : une mode ou un nouveau projet de société?
Fait indéniable, le développement durable fait désormais partie du paysage sociétal et institutionnel. Déjà près de quarante ans se sont écoulés depuis les travaux du Club de Rome (1970) dénonçant la croissance basée sur la surexploitation des ressources fossiles. Dès lors, des chercheurs européens, avec Maurice Strong en tête, tentent d’élaborer un nouveau modèle de développement afin d’harmoniser les activités économiques, la précaution écologique et la réponse aux besoins fondamentaux. Lors du premier Sommet mondial sur l’environnement (Stockholm, 1972), l’idée de l’écodéveloppement, ancêtre du développement durable (DD), est en sourdine. Mais, depuis, le DD est devenu le leitmotiv des Sommets de la Terre organisés par les Nations Unies. En 1992, plus de 150 pays signent l’Agenda 21, un plan d’action décliné en 40 chapitres(II) . Le chapitre 28 interpelle les collectivités territoriales afin que celles-ci appliquent ce plan à l’échelle locale : elles sont en quelque sorte désignées comme le terreau du DD. Mais il ne faut pas conclure pour autant que le DD ne procède que d’une stratégie descendante et pyramidale! Le DD est aussi issu du croisement avec une stratégie ascendante, fondée sur de multiples facteurs et alimentée par une demande sociale de changement face à la multiplication des problèmes sociaux et environnementaux(III) . Ce croisement de stratégies figure une construction sociale et politique complexe qui découle notamment de l’action de la société civile agissant du coup sur les lois, programmes et politiques(IV) qui, à leur tour, peuvent modifier les comportements des acteurs privés, publics et des individus dans le sens d’une durabilité et viabilité significatives et signifiantes.
Dans un modèle normatif et idéal, une collectivité durable intègre les dimensions sociale, culturelle, économique et environnementale dans la planification, la décision et la gestion de ses projets et ses activités. Elle prend en compte les conséquences de ses choix de développement afin de ne pas hypothéquer son avenir et celui des générations futures. Une collectivité durable associe, dans sa démarche participative, la population et l’ensemble des acteurs territoriaux (associatif, privé, public) afin de valoriser le potentiel humain et réduire le fossé entre l’expert et le citoyen. Une collectivité durable soutient activement les initiatives communautaires dans ses quartiers, coopère étroitement avec les autres collectivités afin d’induire une dynamique territoriale inclusive et innovante. Une collectivité durable se préoccupe de répondre, le plus possible, aux besoins matériels et non matériels des individus, dont les plus démunis et les exclus. De façon concrète, la collectivité durable, suite à l’élaboration d’une vision stratégique copartagée, met en œuvre, avec un échéancier et des cibles identifiées, un plan d’actions viables recouvrant l’ensemble des enjeux territoriaux de développement durable(V) .
C’est pourquoi les acteurs terrain, organisateurs de l’Université rurale du Québec 2009, ont intégré les grandes composantes du développement territorial durable en désignant six défis au menu des activités et des échanges:
1. Le défi de la culture, de la mise en valeur du patrimoine et du tourisme
2. Le défi de la diversification de l’économie
3. Le défi d’entreprendre collectivement
4. Le défi du maintien démographique et de la qualité de vie
5. Le défi de la valorisation des ressources naturelles
6. Le défi de la gouvernance et de la participation citoyenne
Ces défis sont illustrés, voire animés par des initiatives concrètes propres aux territoires des trois MRC du Lac-Saint-Jean. Car chaque initiative est portée et ancrée dans un territoire, fait partie d’un tout, soit un milieu de vie alimenté par une multitude de réseaux internes et externes. À ce titre, l’initiative est porteuse de connaissances, d’enseignements pratiques, voire de solutions aux problèmes engendrés, à ce jour, par le modèle dominant de développement synthétisé ici en deux mots clefs : le productivisme et le consumérisme. De même, le repositionnement de cette initiative, par rapport à des connaissances scientifiques et reconnues, sera créatrice de nouvelles constructions sociales, qui, peut-être dans un autre temps, se traduiront par un rehaussement de la qualité de vie tant pour les communautés locales, les populations démunies que les générations futures.
Car bâtir une collectivité durable ne peut se faire seul en faisant le ménage de sa cour! Conséquemment, c’est bâtir ensemble une toile complexe où chaque acteur, chaque personne tisse des liens en interaction avec les autres. C’est aussi un acte de conscience par rapport aux impacts futurs et globaux des gestes posés, un acte de civilité et de solidarité envers l’humain et le vivant. Une utopie créatrice? Ou le socle du développement territorial durable? Sans doute, un peu des deux dans une relation féconde.
I La Fondation Charles Léopold Mayer a été une des premières à soutenir un programme d’actions sur ce thème. Voir www.fph.ch.
II Pour en savoir plus à ce sujet, voir le site www.A21L.qc.ca.
III Voir Claval, P., 2006. «Le développement durable : Stratégies descendantes et stratégies ascendantes» Géographie, Économie et Société, vol. 8, pp. 415-445.
IV Par exemple, le Québec s’est doté en 2006 d’une Loi (118) définissant le DD et 16 principes obligeant dans un 1er temps les 150 ministères et sociétés d’État à se doter d’un plan d’action et dans un 2ième temps incitant les collectivités territoriales à faire de même.
V Des états, des lieux ou diagnostics territoriaux identifient des enjeux de DD tels que l’équilibre démographique, l’équité sociale et spatiale, le logement abordable, l’intégration de l’économie sociale et des services de proximité, les emplois de qualité, la rétention de la richesse collective, les achats favorisant l’économie locale/régionale, la production et consommation responsables des organisations et individus, le transport actif et collectif, l’étalement urbain et aménagement durable, la protection du milieu naturel, de la biodiversité et d’espaces verts accessibles, les services de santé accessibles, la valorisation de la diversité culturelle et du patrimoine, la vitalité des associations communautaires et de la société civile, la performance environnementale et sociale des organisations privées et publiques, l’utilisation des outils de planification, de gestion et de mesure du DD disponibles, dont le plan d’action local participatif dit Agenda 21 local, la certification écoénergétique, le bilan carbone, l’éducation relative à l’environnement, les systèmes d’indicateurs, etc.
Source : Christiane GAGNON, Ph.D. en aménagement, professeur au Département des sciences humaines de l’UQAC et chercheur au Centre de recherche sur le développement territorial